Sébastien, ingénieur en technologie numérique de l’information et de la communication

Sébastien, ingénieur en technologie numérique de l’information et de la communication

Guinea

Expert Junior D4D - Digital for Development : le progrès technologique au service de tous

Sébastien Joannard-Lardant, Expert Junior en Digitalisation & SIG au sein d’un Programme de gestion et valorisation des déchets pour Enabel en Guinée, partage son expérience de près de deux ans dont l’objectif principal fût de fournir des outils informatiques permettant d’améliorer la gouvernance et les services publics aux citoyens.

 

Qui es-tu Sébastien ?

J’ai 33 ans depuis mars 2021 et je suis ingénieur en technologie numérique. J’ai débuté mon parcours professionnel dans l’aéronautique avant de travailler pour une ONG en Asie du Sud-Est en tant que coordinateur de projet.
 

« Le poste proposé par le Programme Junior était la synthèse parfaite entre les valeurs de coopération auxquelles j’aspirais et mon domaine de spécialité. » 

Quel était ton rôle au sein du projet ? 
J’ai été affecté pour 2 ans dans la capitale guinéenne, Conakry. Le projet « Sanita Villes-Propres [1] », financé par l’Union Européenne et exécuté par Enabel, vise à professionnaliser la filière nationale de gestion des déchets afin d’endiguer des problèmes environnementaux et de santé publique sévères. En effet, il n’y a pas à ce jour de système de collecte et de valorisation des déchets permettant de les traiter. Ils terminent leur vie pour la plupart dans la rue ou dans la mer.
 

« L’objectif de ma fonction était de définir une stratégie d’intervention via les technologies numériques et de mener à bien les projets y afférent.»

C’est une intervention qui est transversale à l’ensemble des activités et objectifs du programme Sanita (gestion des déchets, renforcement des capacités, construction d’infrastructures). Je suis rattaché directement au Programme Manager.
 

 

Concrètement, après avoir participé au recrutement d’une équipe « digitalisation », et à sa gestion par la suite, j’ai conduit d’une part la création et le développement d’une cellule informatique et cartographique de huit personnes au sein de la direction nationale de l’aménagement du territoire. Et d’autre part, j’ai piloté le développement et la mise en service d’un système d’information permettant le suivi des flux de déchets en temps-réel dans la capitale. Plus précisément, une application mobile dédiée permet la collecte de ces informations en entrée et sortie de chaque site clé (zone de collecte, de transfert, de traitement, etc.). Ces données sont analysées et diffusées sous forme d’indicateurs et tableaux de bord à l’ensemble des parties prenantes (autorités communales et nationales notamment).

Ces outils peuvent devenir de forts leviers d’amélioration de la gouvernance et des performances du secteur de l’assainissement et de l’urbanisme. Ils offrent la possibilité d’une coordination accrue entre les acteurs de l’assainissement (ménages, entreprises de collecte et de transport, autorité publique, etc.) ou encore le développement de nouveaux services pour les citoyens. Enfin, cela participe aux renforcements des capacités numériques des acteurs locaux dont la Guinée manque cruellement.

Ces deux projets ont été les projets phares de mon expérience et il serait trop long de détailler ici les autres, comme le développement d’outils informatiques permettant le pilotage du Programme lui-même (collecte de données mobiles, base de données des indicateurs programmes, etc.). L’appui offert par la digitalisation revêt véritablement de nombreuses possibilités.
 


Sébastien a piloté le développement et la mise en service d’un système d’information permettant le suivi des flux de déchets en temps-réel dans la capitale.
Plus précisément, une application mobile dédiée permet la collecte de ces informations en entrée et sortie de chaque site clé.

Que t’a apporté ton expérience d’Expert Junior ? 
Cette expérience d’Expert Junior est pour moi particulièrement riche et intense. 

Professionnellement tout d’abord. A partir d’expériences et compétences techniques, j’ai appris à les adapter au contexte de la coopération et à réfléchir sur des projets centrés sur l’humain (potentiellement « des personnes vulnérables »).

J’ai appris à porter une vision de changement, à proposer des innovations en faisant preuve de pédagogie et en étant capable de vulgariser. J’ai dû trouver et accompagner des réponses dans des environnements contraints (faibles ressources budgétaires, digital skills manquantes, etc.). Ce sont des défis donnant une nouvelle dimension à mon métier et mes expériences professionnelles. Une dimension que l’on apprend surtout sur le terrain.

Enfin, j’ai développé une capacité à lier le monde numérique, technique et complexe, à celui des bénéficiaires et des décideurs politiques, institutionnels, etc. Plus personnellement, j’ai confirmé l’importance de travailler dans une équipe soudée. Je mesure aussi mieux l’importance d’avoir un impact concret au travers de mon travail. 
 

« Travailler dans un contexte multiculturel offre des challenges intéressants dans les relations humaines.Cela permet de remettre en cause son propre cadre de référence, de découvrir des points de vue et des modes de pensée différents. Cette interculturalité permet le développement de soft skills comme l’écoute, la patience et l’adaptation. »

Je pense que le plus challengeant a été d’être en complète autonomie, sans référent direct dans ma spécialité D4D, pour m’appuyer dans mes choix techniques ou méthodologiques. Bien sûr, c’est un tel défi qui offre la richesse de l’expérience et qui a été possible grâce à une véritable confiance de mes responsables.

Si je dois retenir deux leçons apprises au cours de mon expérience, je citerais l’importance d’impliquer les bénéficiaires dans l’ensemble des décisions (choix techniques par exemple). Cela peut prendre du temps, mais c’est essentiel pour que la coopération et l’appui technique soient perçus en tant que tels. Ensuite, concernant mon domaine, j’ai appris l’importance de présenter le plus rapidement possible un prototype concret de la solution digitale envisagée. C’est nécessaire pour que les bénéficiaires se projettent et prennent en main le projet et ses objectifs. Les contextes de vie et d’histoire sont parfois trop distants des nôtres pour construire une vision commune uniquement au travers de paroles ou de présentations théoriques.  

Les réalisations dont tu es le plus fier ?
La réalisation dont je suis le plus fier est certainement d’avoir été chaleureusement remercié pour mon management par mes collègues de l’équipe digitalisation. 
 

« Entourés par de jeunes guinéens doués et prometteurs pour l’avenir de leur pays, nous avons formé une belle équipe. Je suis heureux d’avoir pu les recruter, leur transmettre ce que je sais et les pousser dans leurs réalisations professionnelles ». 


Lancement du projet d’application pour supervision nationale des flux de déchets (Projet SANITA - Conakry - mars 2021)

Aussi, le Programme Junior, au travers de son budget de formation, m’a offert la très belle opportunité de réaliser des études de Master en Sciences Politiques en parallèle à mon travail. C’est un défi dont je suis fier car l’investissement en terme de temps et d’énergie a été un challenge tout au long de l’année afin de combiner les 2 au mieux.

Quelle suite te réserve l’avenir ?
L’après Programme Junior se dessinera probablement dans la solidarité internationale pendant quelques années de terrain supplémentaires. La D4D est un secteur dont toutes les potentialités sont à venir dans la coopération internationale et dans l’aide au développement. Je souhaite y poursuivre mon implication en ajoutant l’attention nécessaire à la dimension de la protection de l’environnement. J’aspire à des postes plus en lien avec la définition de stratégie numérique d’intervention à l’échelle d’un pays ou d’une région.

 

[1] Programme de Développement et d’Assainissement Urbain en Guinée (SANITA) – Villes Propres